Ohé matelot ! Quelques pérégrinations en voiliers

Ohé matelot !    Quelques pérégrinations en voiliers

A bord du TGV Lyon - Paris

Mai 2013 – TGV Lyon Paris – Déplacement professionnel

« Ding ding dong ! Bla-bla-bla …La SNCF et TGV, membres de la Liance Railletime vous souhaitent un bon voyage. » La quoi ? Pas tout compris…

Je suis probablement le seul qui patauge dans ce jargon.

Le message s’adresse à:

a)    des cadres de grandes entreprises partant participer à une réunion à Paris

b)    des cadres de grandes entreprises revenant d’une réunion à Lyon

c)    des touristes qui n’ont compris que le seul mot pas français de toute l’annonce.

Bienvenue dans le monde merveilleux du marketing ferroviaire. Un petit anglicisme par ci par là, c’est so first class !...

« … La SNCF et TGV, membres de l’Alliance Rail Team vous souhaitent un bon voyage. »

 

S’il le dit, ça doit être vrai. Donc je voyage…

Drôle de voyage. Loin de la découverte, de la rencontre, de l’échange, bref de tout ce qui compose la quintessence du voyage. Là, c’est comme un voyage en ascenseur : on monte au départ et on descend à l’arrivée. Entre les deux, rien. J’exagère on peut regarder un peu par la fenêtre ; les paysages sublimes du Morvan défilent, inaccessibles. Paradoxalement, la vitesse censée faire gagner du temps, rend ces deux heures totalement creuses, vides, irrémédiablement perdues.

J’aimerais mieux embarquer sur ZERØ pour un autre genre de voyage…

Un wagon de gens tous pareils, pressés et sérieux. Chaque autre est un concurrent potentiel pour un job, pour une vente, pour une place à bord, pour la prise de courant… Loin du voyage qui rend l’autre culturellement enrichissant, désirable, réconfortant. Une armée en uniforme : coupe de cheveux soignée, costume soigné, chemise claire soignée, cravates soignée, chaussures soignées, lunettes, ordinateur portable, téléphone portable, pardon « smartphone ». Surtout, surtout, rester sérieux, préoccupé et pressé, c'est-à-dire concentré sur l’un de ses écrans, l’air aussi sombre que son costume. Paradoxe : comment sortir du lot (par le haut) tout en se coulant furieusement dans le moule ? Afficher énergie et détermination jusqu’à quarante ans, et détention d’un pouvoir cynique et inéluctable au-delà. Ce soir, probablement un diner solitaire et un match de foot cathodique suivis de quelques heures d’un sommeil plus ou moins réparateur. Le tout dans une chambre d’hôtel dont le prix est proportionnel à sa rassurante ( ?) standardisation ; encore et toujours. A la retraite ils disparaitront vraiment mais ça ne se verra pas. Les candidats se bousculent déjà pour les remplacer. Une existence balisée par toutes ces sortes de chaînes.

 

Mon esprit est sur ZERØ et s’amuse de la comparaison.

Comment reconnait-on un bon marin voyageur ? Il n’est jamais pressé. Le marin pressé est un marin qui n’a pas anticipé. Et pour le marin, la précipitation est source de tous les maux.

Habillé n’importe comment, hirsute, barbu et pas forcément douché de près, il a les mains calleuses, les ongles ébréchés et le visage fripé par le soleil, le sel, les embruns et la fatigue. La compétence peut se mesurer à l’usure du t-shirt, du short, de la peau et surtout de la veste de quart. La bonne vieille veste, technique ou pas, bien élimée, aux couleurs fanées, qui témoigne de l’accumulation des jours de mer dans des conditions pas toujours propices au farniente. Cependant il a l’œil vif, observateur et un brin rieur, en éveil malgré la fatigue. Il n’attend qu’une chose : rencontrer un congénère ou un autochtone, s’accouder devant un récipient mousseux et partager quelques bonnes histoires de ponton.

 

 « Ding ding dong !  Mesdames, messieurs, pour agrémenter votre voyage, nous vous proposons une pause gourmande. Boissons fraîches, fondant au chocolat, … ». Pour la modique somme de …. Pas grave ça passe en frais de déplacements. Les ingrédients qui entrent dans la composition de ces délicieux agréments ferroviaires ont probablement chacun parcouru la moitié du tour du monde avant de se rencontrer. Chaque bouchée de moelleux au chocolat estampillée railletime pèse une tonne de carbone. Pas étonnant que ça fasse grossir !... Finalement c’est pas si cher du kilomètre.

C’était ça le vrai message. Le même baratin de bienvenue à chaque fois. Juste pour introduire le discours publicitaire qui va permettre de ratisser quelques pièces supplémentaires au fond des poches des « voyageurs ».

 

En navigation on essaie de ne pas s’endormir. En tout cas pas pendant son quart. On lutte. La montre qui sonne toutes les dix minutes. Un thé chaud. Un biscuit. Un tour d’horizon. Un coup d’œil au radar. La montre. Un tour de winch. Un coup d’œil à l’AIS. Et quand l’heure arrive on en fait un peu plus parce qu’on sait que l’équipier du prochain quart saura l’apprécier à sa juste valeur.

 

Ici en revanche, on peut dormir. Enfin on essaye. Siestus interruptus. « Ding ding dong ! Vous avez pris place à bord du TGV numéro… ». « Ding ding dong ! Mesdames messieurs un service de restauration chaude ou froide… ». « Bonjour Messieurs-dames, contrôle des billets siouplaît ! ». « Ding ding dong ! Nous vous rappelons qu’un bar est à votre disposition en voiture quatre… ». « Ding ding dong ! Dans quelques minutes notre TGV arrivera en gare de … Correspondance pour …. Assurez-vous de ne rien oublier à votre place ».

Rétrospectivement la plus drôle c’est quand même : « Ding ding dong ! … Pour la tranquillité de tous, merci d’éteindre la sonnerie de vos téléphones portables et de passer vos appels depuis les plateformes ».

 

A l’arrivée on s’efforce de s’approcher de la sortie dans les premiers pour s’extraire de ce cercueil roulant avant les autres. Ne pas faire la queue. Etre le premier. Toujours, partout. Passer devant. Mais l’air de rien, avec une indifférence étudiée.

« La SNCF et TGV, membres de l’Alliance Railletime vous souhaitent une bonne soirée ».

« Ding dingues dong ! ».



19/05/2013

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