Ohé matelot ! Quelques pérégrinations en voiliers

Ohé matelot !    Quelques pérégrinations en voiliers

En Ecosse - 01/07/2013

Sous un beau soleil d’été (enfin !... 2013, année maudite), revoici Satolas, pour un vol à destination de Glasgow via Londres. En passant devant le comptoir d’Air Algérie, les souvenirs de mon premier départ pour Dakar refont surface. Lors des premiers soubresauts des révolutions arabes, deux ans déjà. Cette fois, c’est British Airlines, il y aura moins de place pour l’imprévu.

 

A l’arrivée à Glasgow, le ciel est bleu, magnifique. Approche, descente. Evidemment, l’avion entre dans la couche de nuages et se pose sous un ciel de plomb… Les contrôles et la récupération des bagages ne sont qu’une simple formalité, en revanche l’aventure commence pour trouver la bonne station de bus parmi quelques dizaines. J’essaie de me renseigner. Tous les autochtones semblent bienveillants et de bon conseil, mais s’expriment dans une langue curieusement incompréhensible. Manifestement, ils comprennent ce que je leur demande dans un anglais scolaire vieux de trop nombreuses années, mais la langue orale a évolué. Elle s’est enrichie de sonorités nouvelles composées de r roulés et de ch chuintants. Le résultat est un mélange d’anglais et de gaélique articulé par un vieux vigneron bourguignon. C’est à la fois savoureux, musical et très opaque. Je regrette de ne pas pouvoir compter sur un Nango[1] écossais pour abréger mon errance.

Dix minutes de bus à travers la banlieue de Glasgow pour rejoindre la gare de Paisley. Images typique de l’Angleterre, tout droit sorties des films de Ken Loach, rues désertes, bordées de maisons et d’usines aux murs de briques. Puis le train qui traverse la campagne, paysage de collines verdoyantes, de l’élevage mais peu de cultures. Les villages rappellent la Bretagne, granite et ardoises. Impression d’espace. De grandes étendues restent libres entre les rues et les maisons, des pelouses où les enfants courent et jouent au ballon. Le contrôleur est étonnament jeune. Un adolescent au visage poupon, engoncé dans un uniforme trop rigide, qui semble écrasé par le poids de sa fonction. Le paysage s’aplanit aux abords de la mer. Terrain de golf interminable de part et d’autre de la voie ferrée. La gare de Troon. Du haut de la passerelle j’aperçois un mât qui s’élève au loin. C’est Zérø. Je n’ai plus qu’à suivre le cap approximatif, en sifflotant malgré mes trente kilos de bagages.

 

Les rues se déroulent sagement entre de très cossues maisons de pierre, style manoirs britanniques. Pelouses impeccables, bordées de fleurs et de murets de pierres. L’Ecosse n’est plus une province déshéritée. Devant chaque demeure stationnent deux ou trois voitures flambant neuves. Une densité surprenante de BMW, Mercedes, Audi et parfois de gros Range Rover. Les Jaguar, Austin, Aston Martin, Vauxhall sont aux abonnés absents. L’industrie automobile allemande a réalisé ce que nul n’avait pu réussir depuis au moins mille ans : envahir et coloniser les îles britanniques. Je commence à me demander où est cette fichue marina qui ne m’avait pas semblée si éloignée sur la carte, quand je constate que le mât aperçu depuis la gare n’est rien d’autre qu’un anémomètre planté au bout de la plage.

Avisant un autochtone je m’enquiers de la direction à suivre. Double surprise : je comprends son langage mais malheureusement il m’indique la direction dont je viens. Devant mon désarroi, il me propose fermement de me véhiculer dans sa Mercedes ce qui n’est pas pour me déplaire. Evidemment je me dirige vers la portière de droite ce qui le fait bien rire, avant de  me souvenir que dans ce pays les voitures roulent à l’envers. Je préfère lui laisser le volant et je passe du côté gauche. En cinq minutes nous sommes arrivés à destination et depuis le parking qui surplombe une marina bien plus vaste que je ne m’y attendais, je finis par repérer les dérives orange de Zérø. Fin du voyage, me voilà à la maison.

Mon chauffeur partage avec nous une bière et un moment de conversation bien sympathique. Première rencontre écossaise ? Et non, John est anglais, en voyage professionnel à Troon. J’ai encore du travail avant de comprendre le dialecte local.



[1] Cf. Dakar 2010. Nango est le chauffeur de taxi 24/24-7/7



10/07/2013

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